Pourquoi les casques stéréo n’existent pas ?

Et oui pourquoi ?

J’ai lancé ça dans mon précédent article et vous vous êtes peut-être dit : « Mais qu’est-ce qu’il nous raconte celui là ? Il a encore bu c’est ça ? ». Pas du tout ! Et je peux vous le prouver par A+B (pour les casques, pas pour l’alcool). Mais plutôt que de faire une bête démonstration très peu pertinente, nous allons plutôt nous attarder sur « Qu’est-ce que la stéréo, et comment ça marche ? ».  En d’autres mots, oui c’est un titre putaclique.

La stéréophonie, c’est le fait de reproduire la répartition de sons dans l’espace. Pour cela il faut que les sources sonores d’origine soit captées par plusieurs micros et diffusées sur deux canaux séparés (les canaux gauche et droite). Mais pour que la stéréo soit réussi, il y a des règles précises à respecter, aussi bien au moment de la captation qu’à la diffusion.

Avant toutes choses, il faut comprendre que pour avoir de la stéréo, il faut qu’entre vos micros il y ait soit une différence de phase (ou de distance, c’est strictement pareil), soit une différence d’intensité, ou les deux.

Comme souvent, je vais faire une analogie avec nos micros à nous : nos oreilles. Ce qu’il fait que vous entendez qu’un son provient de votre gauche ou de votre droite, c’est toujours grâce à une différence de temps (phase) et/ou d’intensité. Et ça s’explique simplement. Un son qui vient de votre gauche va arriver d’abord à votre oreille gauche, puis à votre oreille droite, à la vitesse du son donc vous ne vous en rendez pas compte, mais c’est comme ça que votre cerveau interprète le signal. Cette différence de temps est aussi une différence de phase, mais ça c’est assez compliqué, j’y reviendrais dans un autre article. La différence d’intensité quant à elle, c’est simplement le niveau sonore que vous entendrez plus fort à gauche.

Commençons donc par la captation. Il y a des normes qui ont été trouvées par des ingénieurs du son, que l’on utilise pour faire des prises de son stéréo. Une de ces méthode la plus connue est celle dite du couple XY. Vous

Un couple XY avec deux Neumann KM184

l’avez sûrement déjà vu. C’est un couple de stéréophonie d’intensité puisque les deux cellules sont situées au même endroit, il n’y a donc pas de différence de temps entre elles, uniquement une différence d’intensité. Pour que ce couple marche, il est donc important que les deux micros aient des capsules cardioïdes, car avec des omni, on perd toute différence d’intensité et donc la stéréo. Il est également important de faire en sorte à ce que les deux membranes soient à 90° l’une par rapport à l’autre. Si vous avez déjà utilisé un enregistreur portable de type Zoom H4n, vous avez déjà vu ce couple.

Zoom H4n avec deux micros en position XY

Je peux mentionner également le couple ORTF, qui se compose de deux micros cardioïdes espacés de 17cm avec un angle de 110° entre les capsules. C’est donc un couple « mixte » puisque nous avons une différence de temps et d’intensité entre les micros. Il existe aussi des couples de phase comme le AB, avec deux micros omnidirectionnels espacés de 20 à 50cm, avec uniquement une différence de phase. Je ne m’étale pas plus sur la captation puisque je compte faire quelques articles sur les positionnements de micros.

Parlons maintenant de la diffusion, maintenant que nous avons captés une source avec de la vraie stéréo bien propre. Il y a une façon d’écouter de la stéréo dans les règles de l’art, et la voici : Il faut que l’auditeur se trouve au sommet d’un triangle équilatéral formé par lui même et les deux enceintes positionnées à gauche et à droite de lui et que les canaux gauche et droite soit respectivement envoyés dans les enceintes gauche et droite. Simple non ? Je ne vais pas vous faire un dessin ? Si ? Ok, voilà la limite de mes talents en dessin :

Les carrés sont les enceintes, le rond c’est l’auditeur, et « x » la distance entre chacun de ces éléments. Je vous avez prévenu, je ne suis pas dessinateur.

Ce positionnement permet de percevoir ce décalage de temps et d’intensité de manière optimale. Et c’est là où j’en viens aux casques puisque ce positionnement d’enceinte, qui est la définition d’une écoute stéréophonique, nous apporte deux canaux séparés que l’on entend avec nos deux oreilles avec une différence de temps et d’intensité. En d’autres termes, le son qui sort de l’enceinte de droite arrive à votre oreille droite puis il arrive un peu moins fort et un peu en retard à votre oreille gauche. C’est donc la grosse différence avec un casque puisque le son du canal droit atteint votre oreille droite, et c’est tout. Donc un casque c’est pas stéréo. CQFD.

Je tenais à partir du principe qu’un casque ne fait pas de vraie stéréo pour vous expliquer le principe même de la stéréo, mais sincèrement, j’ai rien contre les casques. J’ai même un ami qui a un casque, c’est pour dire ! Le vrai message c’est pas qu’ils ne faut absolument pas utiliser de casque pour faire de la stéréo, chacun fait ce qu’il veut et je travaille souvent au casque, je voulais vraiment juste parler de stéréo à travers un exemple assez extrême.

C’est donc la fin de cet article et j’espère qu’il vous a plu ! N’hésitez pas à le partager si c’est le cas. Dans une semaine je serais au JTSE à Paris, c’est un salon des techniques du spectacle où des constructeurs viennent présenter leurs produits. J’y serait les deux jours, le 21 et le 22 novembre. Je commenterais en direct sur mes compte Twitter et Instagram, je ferais un récapitulatif ici même en rentrant. Si vous y passez vous aussi, n’hésitez pas à m’envoyer un message pour qu’on s’y croise !

Les micros en pratique #1

Dans cet article, nous allons voir concrètement comment choisir, et comment utiliser un micro pour un usage particulier. Je vous conseille de lire Tout savoir sur les micros avant de commencer cette lecture si vous n’êtes pas familiers avec les quelques termes techniques et les caractéristiques de base des micros.

Je vais lister différents usages, et pour chacun d’entre eux, sélectionner plusieurs micros et j’expliquerai pourquoi. Mais avant toutes choses, je vais vous présenter quelques micros indispensables qui peuvent tout faire. Ils ne sont pas forcément parfaits partout, mais ce sont de très bons outils à avoir en toutes situations.

Ceux qui l’ont déjà utilisé savent que je veux évidemment parler du Shure SM57.

Shure SM57

Ce micro est avec le SM58 (que l’on va voir juste après), le micro à avoir à tout prix dans son parc. On le trouve vraiment partout. Très souvent sur les caisses claires de batterie, pour reprendre un ampli de guitare, des cuivres, un piano à queue, n’importe quelle percussion et même des voix. Il a l’avantage d’être très solide (vraiment très très solide), et peu cher (environ 100€ neuf). C’est un micro dynamique et cardioïde. Sa courbe de réponse est à peu près flat, sauf dans les aigus, comme vous pouvez le voir juste ici :

Courbe de réponse en fréquences du Shure SM57

 

On ne peux pas parler du SM57 sans parler de son grand frère, le SM58, lui, beaucoup plus utilisé pour le chant, que vous avez déjà vu des centaines de fois entre les mains de plein de chanteurs plus ou moins connus.

Le fameux Shure SM58

Ses caractéristiques sont sensiblement similaires au SM57. Ces deux micros sont équipés d’une cellule appelée Unidyne, créée par Shure, et qui est en fait plus ou moins la première cellule de micro dynamique commercialisée dans les années 50, et qui est toujours autant d’actualité. Il existe des variantes de ces micros, comme pour tous les micros de la gamme SM de chez Shure, qui sont les micros de la gamme Bêta. Vous trouverez donc également des Bêta 57 et 58 dont la courbe de réponse en fréquence est légèrement différente. Il existe aussi des gammes un peu cheap qui sont les PG et PGA.

Passons maintenant aux différentes applications.

Pour commencer, intéressons nous au chant. Partons du principe que vous voulez un micro pour vous enregistrer en home studio. De manière générale -et je précise bien de manière générale parce qu’il ne faut pas croire qu’il existe des règles précises, tout peut être envisageable- vous choisirez un micro statique. Je vous ai parlé du SM58 un peu plus haut qui lui est dynamique, mais il est surtout pratique sur scène. Vous aurez certainement cette image en tête, du micro de studio imposant avec ses accessoires :

Neumann U87

Et c’est un très bon choix, si ce n’est que pour un home studio on va choisir quelque chose d’un peu plus petit que celui là. Vous noterez que ces micros sont sur des grosses suspensions élastiques pour éviter les bruits de choc, ainsi que d’un filtre anti-pop, indispensable pour enregistrer du chant sur un micro statique.

Du moins cher au plus cher, voilà mes recommandations.

Audio-Technica AT2020 :

AT2020

Pour moins de 100€, ce micro est idéal pour commencer dans un home studio même si il lui manque une suspension pour être encore mieux. Il existe d’autres micros dans cette gamme (AT 20xx), mais je n’ai pas pu les essayer donc je ne donnerais pas mon avis sur ceux là.

Si vous avez un peu plus de budget, je vous conseille le Rode NT1A :

NT1A

Celui là est un incontournable. Il est très polyvalent, et il est vendu avec une suspension et un filtre anti-pop, ce qui est assez rare pour être souligné. Il est assez neutre, ce qui vous permet d’en faire un peu ce que vous voulez au mixage.

Si au contraire vous ne voulez pas un son neutre, mais quelque chose de plus brillant, il vous faudra un AKG C214, le petit frère du très grand C414 :

AKG C214

Lui aussi vendu avec une suspension, et une bonnette, qui remplacera un filtre anti-pop. On est déjà sur un autre budget, mais c’est un très bon micro, et comme le Rode, il sera polyvalent et vous permettra d’enregistrer autre chose que de la voix. Avec cette différence de timbre qui fait son charme, encore une fois, surtout si vous cherchez un son brillant. Si à l’inverse vous voulez un son plus chaleureux, tournez vous vers le Neumann TLM102 :

TLM102

Lui, c’est le petit frère du TLM103 lui même basé sur le TLM107. Le timbre des Micros Neumann est un peu à l’opposé des AKG, et le choix se fera surtout par rapport à vos préférences. Celui là à ma préférence, avec le TLM103 (mais c’est pas vraiment le même prix). Mais avant toutes choses, essayez vos micros avant de les acheter !

Tout ces micros sont des statiques à large membranes, et cardioïdes.

Un instrument que la plupart des home studistes ont besoin d’enregistrer est la guitare acoustique. Si vous avez fait votre choix sur un des micros cités précédemment, vous pouvez vous en servir également pour enregistrer ce instrument. Si vous préférez avoir une micro dédié, ou si vous voulez enregistrer une voix en même temps que la guitare, il vous faudra un second micro.

Je vais donc vous présenter 3 modèles de micros statiques à petites membranes.

Le premier est un classique indémodable. Il en existe plein de versions parce que AKG le met à jour régulièrement. La dernière version est la MK4, je veux bien sur parler du AKG C1000s. C’est un peu le SM57 des micros statiques, il est solide et très polyvalent. On le trouve autant sur scène qu’en studio, et notez qu’on peut changer sa directivité pour du supercardioïde.

AKG C1000s MKIV

Le prochain micro dont je vais parler est le Oktava MK12. J’en entends de plus en plus parler et j’ai l’occasion m’en servir régulièrement. C’est un micro Russe qui marche à l’ancienne. La capsule est interchangeable, ce qui permet d’avoir différentes directivités par exemple sans changer tout le micro. On peut aussi visser un pad entre le corps du micro et la capsule pour diminuer le niveau du micro de 10 dB si vous voulez le placer devant une source sonore puissante. Il est vendu seul ou en couple si vous voulez faire des prises stéréo, ça vaut vraiment le coup.

Oktava MK12

Et enfin, on revient encore à la même marque, Neumann fait aussi des micros statiques à petites membranes. Les KM184 sont eux aussi des incontournables. Ils sont présents partout, aussi bien sur scène qu’en studio, souvent sur des batteries ou pour des guitares acoustiques.Ils sont certes plus chers que les AKG ou les Oktava, mais la qualité de ces micros n’est plus à démontrer. Ils sont également vendus seuls ou appairés, et ils marchent encore mieux sur des prises de son stéréo.

Neumann KM184

Parlons maintenant des guitares électriques pour finir ce premier article sur les micros en pratique.

En studio vous avez le choix d’utiliser soit des simulations d’ampli, soit votre ampli que vous reprenez avec un micro comme ceci :

Ampli repiqué

Un des choix quasi-instinctif des ingénieurs du son pour repiquer un ampli, c’est le Shure SM57 dont j’ai parlé au début, et c’est vrai qu’il marche très bien pour ça. Cependant, c’est parfois plus simple de se tourner vers un Sennheiser e609, qui a une courbe de fréquence optimisée pour cette utilisation précisément. En live il est également pratique, parce que grâce à sa forme on peut le laisser suspendu devant l’ampli sans utiliser de pied. Vous l’avez forcément déjà vu, d’ailleurs il est sur la photo d’illustration un peu plus haut.

Sennheiser e609

Un autre choix que j’affectionne particulièrement, c’est un autre micro Sennheiser, que l’on retrouve plus souvent sur des toms basse de batterie ou sur des cuivres, c’est le MD421 :

Sennheiser MD421

Celui-ci est un peu spécifique, et je vous conseille (encore une fois) de l’essayer avant de l’acheter, surtout si c’est uniquement pour cet usage.

Et je vais terminer avec un micro peu connu mais qui je pense mérite sa place ici. J’en ai croisé qu’une seule fois, et pourtant je le trouve très bon. C’est un micro à ruban qui coûte vraiment pas cher, et si vous deviez en choisir un pour votre home studio, je vous conseille celui là. Il s’agit du Superlux R102, qui fera tout ce qu’on peut attendre d’un micro à ruban. Il sera aussi bon devant votre ampli que pour une caisse claire ou des cuivres.

Superlux R102

Et voilà ! C’est tout pour aujourd’hui, la prochaine fois, nous nous intéresseront à un gros morceau : les micros pour batterie. En attendant, faites de la musique !